Salü!

1. Expressions idiomatiques
  • Linkmoji : procédure de conversion d'une adresse internet (URL)  au format emoji (par exemple https://www.wikipedia.org/ devient http://🍕💩.ws/🐜👍🍣👞🐶🎾🍊☁) via ce service.
  • Doxer : verbe qui désigne la publication d'informations privées (adresse du domicile, numéro de sécurité sociale ou d'assurance maladie, archives médicales) protégées par la loi, dans le but de nuire à la personne en question (voir par exemple  ici).
  • Ordnungspolitik : correspond à l'idée que si l’on a de bonnes lois et qu’on les applique, l’économie fonctionne (Source).
  • Brainet : réseau de cerveau interconnecté, comme dans l'expérience de Ramakrishan et ses collègues
Je cherche un terme pour nommer la situation dans laquelle un problème lié au téléphone mobile (carte prepay vide, data plan qui a atteint son palier, batterie à plat) empêche au dernier moment de payer l'accès à un service (ticket de train, concert, inscription à un cours de sport, uber, etc.), une idée ?

2. Weird Twitter
Beaucoup plus intéressant et curieux que les tentatives de rédiger des romans sous la forme de tweets, de multiples comptes sur Twitter proposent des messages à la fois absurdes, humoristiques et poétiques. Les exemples suivants sont plus connus sous le nom de "Weird Twitter", terme qui désigne le vaste ensemble de comptes étranges, mais ô combien suggestifs car jouant avec la typographie, la syntaxe dans un but ludo-poético-absurde. La plupart sont le fait de bots, mais les utilisateurs sont parfois victimes de mystifications, comme l'a montré la controverse autour du compte @horse_ebook (superbe nom) en fait contrôlé par un utilisateur bien humain.

Citons notamment @uncannyxbot, programmé par Greg Borenstein, offrant un résumé de (fausses) histoires des comics X-Men, ou @TwoHeadlines, conçu par Darius Kazemi, qui, comme son nom l’indique, automatise la publication toute les heures de titres de journaux combinés entre eux : "Microsoft Corporation fall is hard to stomach", "James Brown To Shrink By Half, Remain Enormous" ou "Ford Motor Company kills Liberian doctor, 2 Americans infected". D’autres n’interviennent que s’ils voient passer un mot-clé : @BotHolmes, avant d’être supprimé, proposait des extraits des romans de Conan Doyle à toute personne parlant de Sherlock Holmes. Quant à lui @RedScareBot envoie des tweets rageurs à toute personne mentionnant les termes "socialiste", "communiste" ou "communisme"; se mettant ainsi dans la peau de ce pourfendeur de la gauche étasunienne qu’était Joseph McCarthy.

Du fait de la numérisation des livres, on assiste à l’avènement d’un nouveau type de compte – dont l’intitulé est en général le nom d'un auteur auquel le suffixe "_ebook" est accolé. C'est par exemple le @LatourBot qui envoie régulièrement des extraits de la production textuelle du sociologue français Bruno Latour ("I was sadly mistaken", "They were actors before you came in with your ‘explanation’").

Du fait de l’automatisation, il peut aussi arriver que plusieurs bots soient amenés à échanger (dialoguer ?). C’est ce que le programmeur anglais Tom Armitage s’est amusé à faire en créant quatre bots basés sur des personnages du jeu Left 4 Dead . Même avec une programmation sommaire des phrases réalisables par les bots, le lecteur – à ce propos nous manquons d’un terme pour qualifier le statut de spectateur d’un tel dispositif – voit se dérouler sous ses yeux la version textuelle d’une sorte de pièce de théâtre étrange dans laquelle les personnages s’expriment, sont blessés et s’entraident comme dans le jeu. Comme le montre ce court extrait, il n’y a pas ici d’intelligence artificielle toute-puissante, nous sommes plutôt confrontés à des descriptions plus ou moins évocatrices qui simulent une action collective :
@bill_l4d Cover Me!
@louis_l4d Bagged Another.
@zoey_l4d I don’t feel so good.
@francis_l4d You’re a lifesaver
@louis_l4d @louis_l4d I’ve got you @francis_l4d

3. Fiction & mobile 📱📺
Une discussion avec Etienne Ndiaye à la HEAD – Genève. m'a rappelé que j'avais commencé une note Evernote sur la place des téléphones mobiles dans les oeuvres de fiction. J'ai mis de côté plusieurs citations de textes (particulièrement du livre Super Sad True Love de Gary Shteyngart), mais voilà quelques exemples pour un corpus en construction, et sur lequel je n'ai pas avancé depuis un mois :
  • Le téléphone doré (communicator) du Capitaine Kirk dans Star Trek qui est souvent cité comme la source d'inspiration de Martin Cooper, l'un des inventeurs des premiers téléphone mobile, sorti chez Motorola (Cooper réfute cela en disant  ici qu'il s'agissait plutôt de la montre-téléphone de Dick Tracy).
  • Le DynaTAC (Motorola) utilisé par Zack Morris dans la série Sauvés par le gong (voir par exemple  cette compilation) dans les années nonante. Prototype du "Brick phone", c'est l'objet massif à l'époque réservé à une élite prêt à payer cher pour ce genre de chose, que l'on retrouve aussi dans les mains de Michael Douglas dans le film Wall Street.
  • Dans L'Arme Fatale, on voit une alternative au DynaTAC, sous la forme d'un combiné de taille moins massive, mais relié à une petite mallette (avec un superbe cordon enroulé).
  • Tom Cruise dans Jerry Maguire utilise un téléphone mobile à antenne pour hurler "Show me the money!".
  • Les "burners" à double coque (clam-shell)/flip phone); ces téléphones désimlockés employés sans abonnement avec des cartes prépayées, de The Wire, particulièrement utilisés par la fonction push-to-talk
  • Ce slider-phone (téléphone à glissière? ) Nokia 8110 surnommé "banana" et utilisé par les résistants hackers dans le film The Matrix.
  • Le téléphone cellulaire (c'est le cas de le dire) minuscule Willcom Phone Strap 2 de Derek Zoolander dans le film éponyme est un autre des mes exemples fétiches. Cela dit, dans SNL, avec Will Ferrel, on voit également un autre appareil ridiculement petit, moquant cette tendance pré-smartphone à proposer des téléphones de taille réduite.
  • Le N97 mini du film Source Code, du placement de produit un peu trop manifeste.
  • Le combo BlackBerry Bold 9700 / iPhone 5 de Frank Underwood (House of Cards). Un cas doublement intéressant puisque (a) cela renvoie à la pratique duale du téléphone officiel et de(s) l'appareil(s) pour les à-côtés (le sale boulot entre autre), (b) la série joue sur les échanges SMS qui apparaissent directement surimposés à la scène filmée 💬💬💬.
  • La liste de films/séries montrant des iPhones est si longue que je ne rentre pas dans le détail.
  • L'IA de Her est "logée" dans un boitier proche d'un téléphone, mais qui tient plus du briquet Zippo que du dernier iPhone. Son apparence rétro 1940 est visiblement voulue comme l'indique K.K. Barrett, production designer du film dans  cet entretien.
Une liste loin d'être exhaustive, qu'il serait intéressante de faire évoluer (quelles sont vos scènes préférées que j'ai lamentablement oubliées ?). Mais c'est un bon point de départ pour différents aspects. Cela permet par exemple de revenir sur l'histoire du mobile, en recomposant l'évolution de son "form factor"; c'est à dire la forme/gabarit de l'appareil , de la brique au flip-phone, en passant par le slider-phone, la barre 📏(3210 de Nokia), le taco (N-Gage de Nokia), le swivel, la combinaison swivel/flip, etc.). Un autre aspect intéressant (une analyse à approfondir donc), concerne l'évolution des fonctionnalités, de la télécommunication (voix) à l'utilisation de l'objet pour toutes sortes d'autres choses (photo, prise de note, gestion de calendrier, etc.). On pourrait aussi s'amuser à reconstituer le rôle du téléphone mobile dans la mise en scène, pour retracer les astuces narratives qu'il autorise. Plein de choses à faire, et je ne parle pas des films montrant des technologies de télécommunication fictionnelles (en complément au Star Trek cité au début de la liste), une bonne manière de se pencher sur les imaginaires de cet objet technique.

4. Fragments
🔡 La manière dont le langage évolue sur les réseaux est un sujet fascinant, voir par exemple ce  billet sur l'absence de ponctuations sur Tumblr, ce texte dans le New-Yorker sur le sens à donner aux "hehe" dans les conversations en ligne (par comparaison aux "haha", "hoho" ou "heh" en anglais), ce  billet medium sur les formats d'écriture du genre "That moment when...", cet  article dans Le Monde Diplomatique sur l'impérialisme linguistique de Google, ou encore celui-ci sur la créolisation avec les emojis.

👀 En écho à la livraison 17 de cette newsletter, où je me demandais si vous pouviez lire vos premiers fichiers numériques, je suis tombé sur ce  projet spéculatif fascinant de Marcel Helmer sur les "New Digital Archaeologists". Helmer s'interroge sur la pratique des archéologues de demain, et des moyens que ceux-ci pourraient mettre en place pour accéder et interpréter des contenus numériques du passé.

🙊 Je risque bien de ne rien envoyer dans les deux semaines qui viennent pour une courte pause estivale. 

👏 Merci tous vos messages et commentaires en cette période de climat augmenté.

++
nicolas
PS : est-ce qu'il y a d'autres gens intéressés par ce bazar ? Faites suivre (⌒▽⌒)☆
((licence CC BY-SA 3.0 FR))